Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/02/2012

Présidentielle 2012: mon point de vue sur les parrainages

Je lis beaucoup de commentaires sur la procédure des 500 signatures nécessaires pour la qualification à l'élection présidentielle. Voici mon point de vue.


A chaque élection présidentielle, la question des parrainages revient sur le tapis. Ma position sur cette question est très claire: je défends la règle actuelle. Il faut bien, en effet, qu'il y ait une règle. Dans ma mairie, par exemple, j'ai reçu plus de quarante demandes de signatures pour des candidats dont la plupart sont totalement inconnus ...et certains maires en ont reçu d'autres qui ne m'ont pas été adressées. Vous imaginez une cinquantaine de candidats?
 
On voit donc bien que sans règle, nous aurions une multitude de candidatures, ce qui dénaturerait complètement la compétition. Faut-il rappeler que pour participer aux Jeux Olympiques, par exemple, il y a aussi des règles: les concurrents  doivent faire preuve de leur niveau suffisant de compétitivité! Pourquoi l'élection présidentielle serait-elle ouverte à tous, qu'ils aient ou non des idées,   y compris les plus farfelues et d'ailleurs qui en déciderait?

Faut-il aussi rappeler que si l'élection présidentielle attire autant de postulants, c'est que, une fois validée par le Conseil Constitutionnel, chaque candidature dispose d'avantages non négligeables: d'abord une enveloppe forfaitaire d'un peu plus de 800 000€, payés par les contribuables, ensuite d'un temps d'expression égal sur les radios et télévisions publiques, d'au moins un quart d'heure ! Autrement dit de la publicité gratuite sur un média extraordinaire. Enfin  par "gratuite", entendez plutôt payée par l'argent public ! Et ajoutons les obligations de mettre en place dans chaque commune des panneaux d'affichage, dont certains d'ailleurs ne sont même pas utilisés. Mais ce sont encore des frais supplémentaires ! Et enfin la mise sous enveloppe des professions de foi et bulletins qui nécessitent autant de personnel et donc des coûts. Une règle évitant l'inflation, au sens propre et figuré, de candidatures est donc nécessaire.

L'actuel système a été décidé en 1976 et appliqué pour la première fois en 1981. En 1976 on est passé de 100 à 500 signatures (mais entre temps on a institué les conseillers régionaux élus au suffrage universel et, par redécoupages successifs, le nombre de conseillers généraux a augmenté; on a aussi augmenté le nombre de députés, de sénateurs et de députés européens). Précisons que les règles concernant le cumul des mandats et l'élargissement aux présidents des intercommunalités ont également eu pour effet mécanique de gonfler l'effectif des "parrains" potentiels. Ils dépassent aujourd'hui les 42000! Il suffit donc seulement d'obtenir la signature d'un peu plus de 1% de ce corps d'élus de la République pour obtenir le droit d'être candidat à l'élection présidentielle. Autrement dit un échantillon dérisoire ! Et les postulants qui n'y parviennent pas devraient se poser la question: pourquoi seraient-ils qualifiés et bénéficier des privilèges- payés par les contribuables !-  associés à la candidature si ils sont  incapables de convaincre moins de 2% des élus de la République de la légitimité de leur candidature?

Certains avancent la nécessité de rendre ces signatures anonymes prétextant des "pressions" dont ils sont d'ailleurs incapables d'apporter la moindre preuve. Mais l'anonymat réduit les risques de magouilles! Je dis bien "réduit" car des preuves de manoeuvres, je vais vous en délivrer une: en 1981, la candidature d'Arlette Laguiller a été "organisée" dans les bureaux des préfets giscardiens. Le but était d'affaiblir François Mitterrand pour jouer un second tour entre Giscard et Chirac. J'en tiens la preuve par la confidence du maire de Châteaugiron, ma commune d'origine, devant mon père à l'époque conseiller municipal et qui s'étonnait que le  maire (par ailleurs vice-président du Conseil général, dirigeant local du CDS, donc un "politique") avait parrainé Arlette Laguiller, comme l'attestait le Journal Officiel ! Alors vous imaginez comment se passerait les parrainages anonymes ? Ce serait la magouille généralisée: chaque camp organisant réciproquement les signatures anonymes pouvant affaiblir le principal adversaire  ! La transparence des parrainages est une avancée démocratique et l'anonymat  serait un recul. Il est douteux que le Conseil Constitutionnel, qui va se prononcer très prochainement, fasse un pas en ce sens.

D'autre avancent, un autre système de parrainages citoyens. Pourquoi pas? Mais anonymes ou pas ? Des signatures anonymes? Quel drôle d'oxymore ! La réponse à la question est pourtant essentielle. Rendre de tels parrainages publics reviendrait à divulguer les fichiers de sympathisants, car à l'heure d'internet il n'existe aucun coffre-fort numérique inviolable ! On voit où cela pourrait conduire ! Et je doute de la constitutionnalité d'un tel procédé, au nom des libertés publiques.  Un parrainage citoyen ne peut donc être réalisable que protégé par le secret absolu. Mais comment éviter les manoeuvres? L'anonymat n'est souhaitable que si la sincérité du parrainage reste vérifiable et cela n'est possible que d'une seule manière: organiser un vote par les mairies où chaque électeur viendrait, le même jour,  sélectionner dans le secret des urnes son favori ou son préféré. Cela revient à officialiser une  "primaire citoyenne", ressemblant à celle que le Parti socialiste a organisée  à l'automne dernier mais , cette fois, organisée par les pouvoirs publics et concernant tous les courants politiques.

Mais on voit bien les difficultés. En quelque sorte, car cela reviendrait à faire une élection présidentielle à trois tours, (ou même à 4?): une "primaire" de qualification pour choisir (quelques mois avant ?) les champions de la droite, de la gauche, des extrêmes , du centre et des écologistes. Une pré-qualification avant le vrai match en quelque sorte. Et que ce passerait-il si,  entre-temps, un candidat qualifié est, pour une raison quelconque,  exclu du jeu ? On recommence tout? Le risque serait grand si la primaire est éloignée du 1er tour de la vraie élection. Et comment s'organiserait la campagne d'une telle primaire? On voit bien tous les problèmes que poserait un changement de la règle actuelle. Le parrainage citoyen poserait en fait davantage de questions qu'il n'apporte de réponses.

Revenons donc à l'essentiel. Corine Lepage se plaint de ne pas avoir "ses" parrainages mais qui l' a empêchée de se présenter à la primaire écologiste que Nicolas Hulot , lui, à oser affronter? Quelle légitimité a t-elle, au fond, pour exiger son droit à être candidate? De même pour C. Boutin, H.Morin, D.De Villepin (lequel ne s'est encore jamais présenté une seule fois devant le suffrage universel et veut, prétention inouïe, directement l'Elysée !). Et les autres candidats d'extrême gauche qui veulent se présenter à une élection en annonçant leur refus de gouverner? Quelle légitimité ont-ils ? Le problème de Marine Le Pen se pose autrement car elle est créditée d'un potentiel électoral certain, voire d'une qualification possible au second tour. Sa candidature, à la différence des autres candidatures marginales,  est donc réellement légitime. Mais qu'elle se débrouille car on ne change pas les règles au dernier moment et pour les besoins d'un seul. Et le Front National est coutumier de ce cinéma qui fait partie de sa stratégie victimaire.

 Winston Churchill disait "que la démocratie est le pire des systèmes ...à l'exception de tous les autres". C'est un peu pareil pour la procédure des parrainages. A défaut d'un autre système qui risquerait d'avoir encore plus de défauts, je soutiens donc la procédure actuelle. Et je signerai naturellement , en harmonie, j'en suis sûr, avec la majorité des citoyens larichois, pour le candidat à mes yeux le plus apte à la fonction: François Hollande.

Les commentaires sont fermés.